On nous répète souvent que la France reste une “grande puissance économique” parce que son Produit Intérieur Brut demeure élevé. Pourtant, ce chiffre, censé refléter notre prospérité, ne mesure plus ce que nous croyons qu’il mesure. Il additionne désormais la production réelle, les services, la dépense publique, la consommation à crédit… et masque la lente érosion de notre base industrielle. Autrement dit : nous vivons sur une illusion comptable.
🏭 Services et production : deux réalités bien différentes
Un dentiste, un avocat, un consultant… offrent des services utiles, parfois indispensables. Mais ils ne créent pas de richesse matérielle : ils redistribuent celle qui a été générée ailleurs.
C’est là que le flou s’installe : le PIB actuel met sur le même plan la production tangible d’un bien et la facturation d’un service. Vendre un médicament trois fois son coût de production “fait croître” le PIB… même si rien de plus n’a été fabriqué.
Dans les années 1970, on parlait encore de Production Intérieure Brute : on mesurait ce qui était effectivement créé sur le sol national — énergie, logements, infrastructures, biens manufacturés. Ce n’était pas parfait, mais c’était concret.
Puis le mot “production” a été remplacé par “produit”. Et avec ce glissement sémantique, nous avons cessé de distinguer la richesse produite de l’activité économique. Le thermomètre a changé… pile au moment où la production déclinait sous l’effet des délocalisations et de la mondialisation.
💰 Salaire, mérite et valeur réelle : le grand malentendu
Un autre biais découle de cette confusion : croire que salaire élevé = valeur créée. En réalité, le salaire n’est pas une mesure de la productivité réelle : il reflète surtout des rapports de force (pénurie d’une compétence, lobbying, protection syndicale, pouvoir de négociation…).
Un avocat fiscaliste peut gagner 300 000 € par an sans produire un seul boulon. À l’inverse, un ouvrier industriel, un agriculteur ou un technicien SNCF — sans lesquels notre société s’arrête — touchent souvent bien moins.
Ce décalage nourrit une illusion sociale : beaucoup de salariés “tertiaires” croient être des créateurs directs de richesse… alors que leur rémunération dépend d’une chaîne productive plus large, financée par ceux qui produisent des biens, de l’énergie, des infrastructures.
📊 Quand le thermomètre dicte la politique
Ce changement d’indicateur n’est pas neutre.
En privilégiant le Produit Intérieur Brut plutôt que la Production, les politiques économiques ont été orientées vers ce qui gonfle la statistique, pas vers ce qui crée durablement de la richesse.
Pour afficher une “croissance” artificielle, on joue désormais sur d’autres leviers :
- immigration massive pour stimuler la consommation ;
- multiplication des normes et réglementations, qui créent de l’activité administrative ;
- explosion des “bullshit jobs” et emplois subventionnés pour faire circuler l’argent public.
Résultat : le pays “croît”… sur le papier. Dans les faits, nous vivons sur l’héritage des Trente Glorieuses et sur un endettement massif.
🕳️ Une illusion qui façonne nos choix
Cette confusion nous enferme dans un cercle vicieux : moins d’usines, plus d’importations, plus de dépenses publiques, plus de dette, mais toujours une apparence de richesse. Et paradoxalement, ceux qui défendent ce modèle — persuadés de “créer de la valeur” — en sont aussi les premières victimes, car la désindustrialisation fragilise l’ensemble de la société.
Pour aller plus loin, vous pouvez consulter :
“Il faut travailler plus” et “Le social est une charge”.
🧭 Conclusion
Depuis cinquante ans, nous avons changé de boussole sans nous en rendre compte. Confondre activité économique et création réelle de richesse, c’est se condamner à piloter à vue. Tant que nous compterons un euro de conseil ou de marketing comme équivalent à un euro d’acier, nous orienterons nos politiques dans la mauvaise direction.
Repenser notre prospérité commence par retrouver un indicateur honnête : remettre la production au centre, puis réfléchir à comment répartir équitablement la richesse réellement créée. Sinon, nous continuerons à bâtir notre croissance… sur du sable.
📺 Pour aller plus loin
Vidéo : ÉCONOMIE : ILS NOUS MENTENT DEPUIS 50 ANS